Charte du Café philo de Belgique

fondé le 16 septembre 1996



 

a) Synthétiquement

En ce monde où la rencontre humaine est de plus en plus médiatisée par les nouveaux moyens technologiques, nous avons, par le biais du Café philo et sous l’impulsion de l’initiative parisienne inspirée par Marc Sautet, décidé d’ouvrir régulièrement et à dates fixes des espaces publics de parole, où la rencontre se fait avec la seule médiation d’un animateur qui orchestre un débat en exploitant ses acquis dans les matières philosophiques et les sciences humaines. En cela, le café philo suit un critère de sobriété est ouvert à tout un chacun, rapproche les individus de toutes conditions ou classes sociales et n’est d’aucune couleur politique.

Le qualificatif philo manifeste que le débat n’est pas nécessairement à connotation politique - mais qu’il peut l’être - et implique que l’animateur ait un bagage dans les matières philosophiques, qui lui permette d’entendre, de capter et de redistribuer le sens des interventions au regard de l’histoire de la pensée, afin de donner les moyens au public d’élever ou d’approfondir le débat.

Le Café philo ne peut pas être utilisé, c’est en cela qu’il est utile. Les organisateurs veilleront, dans ce sens, à ce qu’il ne soit récupéré par aucune classe politique, ni aucune confession. Toute initiative parallèle (conférences, débats, séminaires de philosophie, revue...) sera tout au plus évoquée lors d’un billet au début, à l’interruption ou à l’issue du débat. Mais en aucun cas le Café philo ne sera pris en otage par ces autres activités. Toute démarche qui ne suivrait pas ces recommandations prétendrait abusivement à l’appellation de Café philo. Les organisateurs veilleront à ce que les animateurs soient d’horizons différents, afin d’assurer la pluralité de l’animation.

Le dénominateur commun des animateurs doit être une connaissance suffisante de la philosophie, une réelle capacité à faire face à un public, une oreille suffisamment attentive aux interventions au sein du débat. C’est pourquoi le Café philo veille à promouvoir la philosophie et à ce que la philosophie elle-même veille à promouvoir le débat. En effet, la connaissance en cette matière permet d’assurer la qualité des interventions de l’animateur et lui permet de surcroît de mieux rapprocher les différents discours sans faire d’amalgames ni de confusions. Cette connaissance n’est pas forcément garantie par la possession d’un diplôme, elle peut aussi l’être par un travail autodidacte.

Le café doit être un lieu suffisamment ouvert pour ne pas prédéterminer un certain type de clientèle. En tout état de cause, les organisateurs veilleront à ne pas imposer des conditions d'entrée discriminatoires, toute participation aux frais doit rester suffisamment modeste pour ne pas filtrer les intervenants au débat.

 

b) Analytiquement

Avant tout débat, le café philo est un espace ouvert, qui n’est circonscrit par aucune mouvance politique, sociale ou intellectuelle. Pour garantir cette idée, il est exigé que les animateurs n’aient aucune appartenance politique. De même, si quelques présupposés intellectuels ou préjugés moraux sont développés lors du café philo, ils ne peuvent relever que des intervenants - qui ont ici toute liberté d’opinion. Voilà pourquoi le café philo est un moment philosophique bien plus qu’il n’est de la philosophie. C’est bien entendu un idéal vers lequel il faudra tendre. Le thème du débat est choisi, de préférence, par le public. En Belgique, le Café philo invite les participants à proposer un thème et le choix se fait par un simple vote majoritaire.

Lors du débat, l’animateur et le groupe qui l’accompagne ont pour vocation de faire de la rencontre un exercice de concertation ; ; d’un point de vue négatif, cet exercice ne doit pas éclipser les oppositions, les divergences, les ruptures et les silences, mais au contraire les mettre en relief afin que les non-dits soient mis à jour ou au moins évoqués, et c’est en cela que le café philo est un lieu public sans interdits où s’exerce librement toute parole ; d’un point de vue positif, en prenant acte des divergences, l’animateur doit avoir pour objectif de rapprocher celles-ci, afin de faciliter la recherche d’un d’un sens commun.

Les prérequis de l’animateur ne peuvent être revendiqués comme « quelque chose qui fait autorité sur la parole d’autrui », mais sont au contraire utilisés comme outils dans l’exercice de concertation. Le sens commun ne doit jamais être considéré comme acquis avant, pendant et à l’issue du débat, afin de laisser une porte ouverte à toute intervention qui viendrait le contester. Voilà pourquoi le sens commun doit être un horizon du débat, formulé par la simple phrase : "nous cherchons quelque chose ensemble, jusqu’à prendre acte de celui qui ne veut pas chercher avec nous". Aussi l’animateur doit-il rappeler aux intervenants de ne pas faire de procès d’intention.

A l’issue du débat des séminaires, des soupers, des conférences, des ventes de comptes rendus, etc. peuvent avoir lieu. Ces activités resteront cependant périphériques à l’espace public réservé aux personnes et ne devront en aucun cas investir cette "terre en friche" qu’est le Café philo.

Ce texte a été adopté par l’équipe du premier Café philo de Belgique le 8 juin 1997, ensuite le 1er juin 2000, le 23 juin 2014 et finalement le 3 juin 2019.

 
 
 



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